j’avais bien pris l’ascenseur jusqu’au 8ème étage et ensuite la volée d’escaliers qui menait au 9ème. Je
n’avais pas voulu déranger les occupants par respect pour
leur vie privée et c’était très bien ainsi. Je ne pouvais m’empêcher
de penser à ces deux derniers jours, aux semaines
antérieures. Le sort m’avait été vachement favorable.
Depuis ce 29 mai 2007 où j’avais retrouvé la manchette de
la chemise de soie, j’avais compris qu’un vent favorable
m’avait à chaque fois poussé vers des endroits où Claude se
manifesterait d’une manière ou d’une autre.
- Claude, je suis profondément convaincu que tu me
portes chance, tu m’entends ? La poisse qu’on veut t’attribuer
ne te ressemble pas et je ne pense pas un seul moment
que tu aies eu de la malchance. La sortie de route à Orange
? Tu t’en es sorti avec le nez éclaté, ce même nez que tu as
toujours voulu remodeler car il ne te plaisait pas. L’attentat
du Hilton à Londres ? Tu as eu la chance inouïe de bénéficier
de la présence d’une dame qui a fait écran entre l’explosion
de la bombe et toi, elle t’a sauvé la vie sans le savoir ni le
vouloir. La folle poursuite à 200 à l’heure sur l’autoroute
du sud et les tirs de balle sur ta voiture ? Les impacts relevés
ont prouvé qu’une balle est passée à quelques centimètres
de toi avant de se loger dans la console centrale. Quant
à ce stupide accident du 11 mars 1978, il s’agit d’une défaillance
humaine, tu as payé de ta vie la négligence, ou le
manque de temps, d’un électricien peu scrupuleux. Une
chose est sûre, tu n’as pas souffert, tu n’es pas mort dans
des conditions atroces, tu es mort comme tu as vécu, vite,
trop vite ! Le temps d’un éclair ! Tu as été foudroyé en pleine
gloire, marquant ainsi ta sortie d’artiste de la manière la
plus symbolique qu’il puisse être. Tu es mort debout, tu te
rends compte ?