Fabifa a répété ses chansons des mois entiers, elle a acheté
la robe avec ses quelques rares économies, elle porte les bracelets
que Roquette lui a enjoint de mettre à ses poignets
comme les menottes d’une femme asservie et dévouée à son
maître…Tout est désolation autour d’elle ; la salle est digne
d’un saloon de cow-boys. Roquette me fait penser à Joe Dalton,
le plus petit des quatre, ramassé sur lui-même, sournois,
cynique et méchant ! Comment peut-on se prétendre imprésario
et organiser un concert … dans une salle de bowling,
sans orchestre et avec un seul micro défectueux ?
Si Claude avait été là, il en aurait fait de la bouillie pour
chats de ce petit roquet mafieux, il lui aurait filé un coup de
pompe dans les fesses et l’aurait jeté en pâture à la foule qui
l’aurait aussitôt englouti … Jean Martin quitte la salle, non
sans être venu me saluer dignement ; il ne dit mot mais n’en
pense pas moins. Lui et moi savons que Fabienne aurait eu
plus de chance de réussir si elle lui avait fait confiance. Je
revois Fabienne quitter la salle en pleurant, j’essaie de la
consoler, Roquette s’interpose pour la saisir par le bras et se
prend une gifle monumentale ; il ne l’a pas volée celle-là.
Ses lunettes tombent à terre, ses cheveux gominés prennent
une forme ridicule, comme une crête de coq aplatie sur le
côté. Il ne voit plus rien et se courbe pour ramasser la monture
qui gît dans une flaque de bière encore moussante. Je
me contiens car j’ai une envie folle de lui coller la pointe de
ma godasse dans les fesses…