J’entends encore la voix de JeanMartin qui me dit à l’oreille: - Ce métier ne s’improvise pas, cher Claude Eric ; il
s’apprend jour après jour, durant des années, avec la voix,
la tête, les tripes, …
- Et bien tant pis, puisque tout le monde dit que j’ai
les qualités d’un imprésario, je deviendrai imprésario ou
directeur artistique ou organisateur de concerts et j’organiserai
des spectacles, les plus grands, les plus beaux, les
plus fastueux et le public sollicitera la présence de mes poulains
à coups répétés de standing ovations …
En réalité, j’organiserai des dizaines de soirées dansantes et
de bals populaires en 1976 et 1977 et je deviendrai, à dix sept
ans, l’imprésario d’Eddy François, le sosie belge de
Claude François qui portait le même patronyme que lui. …
La mort de Claude quelques mois plus tard achèverait de
m’éloigner définitivement du star système. Les sirènes du
show-business avaient cessé de chanter m’évitant ainsi de
tomber de Charybde en Sylla. Fabienne s’était fait dépuceler
et baiser comme une vulgaire chienne par un imprésario
boiteux, sale et vieillissant. Elle avait perdu sa virginité dans
un réduit crapuleux en même temps que tout espoir de faire
carrière, parce qu’elle avait fait confiance à l’un de ces prédateurs
avides de sexe, prêts à tout pour satisfaire leurs insatiables
appétits. J’avais eu plus de chance qu’elle … Je ne
serais pas plus vedette qu’elle mais j’avais l’arrière-train
indemne et l’esprit tranquille.
C’était l’année 1977…Celle où j’avais failli devenir chanteur.